



J’aurais tendance à être contre cet excès de liberté que tu qualifierais de libérale parce que je pense que la concurrence dont il est question n’est pas la concurrence de la force artistique, c’est une autre concurrence.
Je viens de voir un spectacle magnifique [1] je ne comprends pas que ce spectacle soit au même niveau que “Est ce que je dois coucher avec un belge”…enfin les choses qu’on voit partout.
La liberté là me parait nuisible…
Une des idées me semble t’il dont nous avions débattu dans les précédentes rencontres qui avaient eu lieu dans la salle des congrés, (voir 1ers états généraux du Off ) était :
Est ce qu’il serait possible de développer au cœur de ce grand “souk”, de creuser à l’ intérieur de ça, c’est très utopique je crois, un lieu qui ne soit pas simplement la réalité de ce que font les uns et les autres et de leurs problèmes économiques…, est ce qu’on peut mettre en avant une certaine qualité, une certaine exigence du travail artistique et de la relation que ça provoque. Entre nous, public comme on nous traite et les artistes.
Le moment est venu de faire cette tentative quasiment utopique pour plusieurs raisons :
L’une est que le festival “IN” d’Avignon, non seulement a marqué le pas et fait preuve d’une trés trés grande fatigue, mais en plus dans sa pseudo renaissance, il utilise des outils, des arguments et des éléments de visibilité qui à mon avis ne sont pas ceux que Vilar et René Char mettaient en avant à ses débuts.
C’est à dire l’Art dans la société et la capacité que nous avons à utiliser cet outil ensemble pour comprendre ce que nous faisons collectivement et comment nous avançons ensemble, et cela bien sur relié au passé aussi.
Je ne pense pas que ce soit l’obsession du festival “IN” d’Avignon aujourd’hui de nous proposer un outil pour avancer ensemble dans la société contemporaine
J’ai le sentiment par ailleurs que le festival Off s”est perdu et noyé dans les contradictions normales pour un festival Off de n importe quel festival du monde. C’est tout a fait normal la notion de hiérarchie est contraire a la notion de Off puisque le Off c’est ce qui se produit librement autour de ce qui est organisé, financé…donc c’est la part de liberté.
Moi ce qui me parait intéressant paradoxalement aujourd’hui, maintenant, c’est que le festival “IN” ayant à mon avis bouclé la boucle, c’est à dire ayant atteint ses limites, est ce que nous serons capable de réfléchir au role de l’Art dans nos vies, la place de ces instants don’t on a beaucoup de difficulté à parler, qui nous traversent, qui nous transpercent, qui nous font penser à énormément de choses, qui font écho à notre passé, à notre culture partagée etcétéra. Dans notre existence, est ce qu’on peut se servir de cette profusion pour remettre un vraie interrogation.
Je pense que sinon, le Off lui aussi s’enlisera, je pense même qu’il est déjà un peu enlisé mais il y a quand même des choses extrêmement fortes qui s’y produisent. Peut on s’appuyer sur ces choses là pour …
C’est pas élever le débat dans un sens élitiste, c’est pas une histoire de mépris, c’est pas du tout ça , j’insiste…c’est simplement de dire, si nous sommes effectivement dans une situation de concurrence, il me semble que notre ami Benedetto parle de concurrence, il faut que ce soit la concurrence de l’ exigence, il faut que ce soit la concurrence de la force artistique elle même, et puis la concurrence de la relation, il faut que ce soit la concurrence de celui qui est le mieux capable de nous mettre ensemble pour que nous nous connaissions, que nous nous parlions, que nous échangions, que nous nous améliorions…
C’est la seule chose qui nous intéresse, c’est la seule unique et stricte chose qui nous intéresse dans ce qu’on appelle le théâtre.
[1] Borges Vs Goya de Rodrigo Garcia Cie Akté Théâtre de la Manufacture